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Vaison-la-Romaine
voit se développer une dynamique concernant l'hypnose
depuis 1987 :
Création
de la première revue francophone d'hypnose éricksonienne,
PHOENIX EDITIONS dont les 10 premiers numéros
verront le jour à Vaison-la-Romaine avant que la revue
ne poursuivre sa route à Paris. Ces premiers numéros
seront illustrés par des artistes de réputation
internationale (Massoudy, Bouchet, Rosenau, Chemay, Liewehr,
Partiot) auxquels un hommage sera rendu lors de l'exposition
"Dans tous ses états" au cours 2ème
Forum Francophone d'Hypnose et de Thérapies Brèves
en 2000.
Création de l'Institut
Milton H. Erickson d'Avignon-Provence
(association loi 1901) qui est membre de la
Fondation Erickson (U.S.A.), de la Société Européenne
d'Hypnose et de la Confédération Francophone
d'Hypnose et de Thérapies Brèves.
L'IMHEAP créé en
1990 a pour but de faire connaître le travail d'Erickson
dans les domaines de l'hypnose clinique et des thérapies
brèves.
Ses moyens sont l'organisation
de :
- rencontres cliniques,
- séminaires pour des conférenciers internationaux
(Jeffrey Zeig, président de la Fondation Erickson,
Michel Kerouac, Daniel Araoz)
- congrès dont les deux premiers Forums
de la Confédération Francophone d'Hypnose et
de Thérapies Brèves dont l'Institut
Milton H. Erickson d'Avignon-Provence a été
la cheville ouvrière de 1996 à 2000.
Ces deux Forums (1997 et 2000)
ont réuni, à chacun de ces rendez-vous, 50 conférenciers
et 300 participants venant du Québec, Suisse, Belgique
et France.(cf Actes)
L'hypnose est une des disciplines qui revendique une évolution
puisant sa substance dans les domaines de la création
artistique. L'art de la parole et des contes, la capacité
à illustrer, créer des métaphores, saisir
un rythme et aussi un certain goût pour l'humour sont
autant d'exemples de l'intérêt que l'IMHEA-P
s'est attaché à développer depuis sa
création.
La qualité des échanges et la rencontre de tous
les professionnels venus à Vaison-la-Romaine encourage
l'IMHEA-P à organiser
"Les
Premières Transversales de Vaison-la-Romaine"
se sont tenues les 31 mai, 1er et 2 juin 2002. (cf
transversales)
Pour favoriser la transmission entre les intervenants et le
public, les Transversales proposent des ateliers, aussi bien
en plein air qu'en salle, qui exploreront l'art des mots allié
à celui de la musique, de la peinture ou du jeu, d'autres
plus classiques développeront des techniques thérapeutiques.
Des "cabinets de métaphores" ont permis aux
participants d'apporter leur contribution par une écriture
personnelle aux travaux du congrès et des tables rondes
de spécialistes firent le point des connaissances dans
les différentes applications de l'hypnose.
Les "2èmes
Transversales de Vaison-la-Romaine"
auront lieu les 24 et 25 Avril 2004.
Le thème, au titre familier, "Et
Erickson dans tout ça ?" permettra
aux participants de situer leur travail par rapport à
celui de Milton Erickson. Ces deux jours seront l'occasion
de retrouver Erickson à l'oeuvre grâce à
des videos sur grand écran et surtout d'apprécier
en quoi Erickson nous aura inspiré ou aidé à
réfléchir dans sa ligne de pensée ou
à nous en éloigner ?
Institut Milton H. Erickson
Avignon-Provence
B.P. 82 84110 Vaison-la-Romaine
Tél/Fax : 04 90 28 70 17
bellet.pat@free.fr
Le numéro hors série de juillet-août
2004 de "Sciences et Vie Junior"
s'est intéressé à notre travail.En voici
l'intégralité.
Si vous aimez entendre votre cur jouer de la grosse
caisse, voir vos poils se mettre au garde-vous et vos cheveux
se dresser sur votre tête, lhistoire de Tom Witzky
devrait vous plaire. Oyez plutôt. Tom est un Américain
tout ce quil y a de plus américain. Bon époux,
bon voisin, bon copain, rien ne le distingue du lot jusquau
jour où, à loccasion d'une fête
de quartier, il accepte de se faire hypnotiser par sa belle-sur,
pour voir ce que ça fait. Rien de bien méchant,
a priori, sauf que la nuit suivante, des rêves bizarres
lui mitraillent le cerveau. De jour en jour, son existence
vire au cauchemar. Une force surnaturelle semble lhabiter
et le malheureux, en proie à des pensées horribles
et victime dhallucinations, croise sans arrêt
les fantômes de voisins assassinés. Lhorreur
à létat pur ! Nécoutant que
son courage, Tom finira par se débarrasser de cette
possession collante comme de la glu et par confondre les auteurs
des meurtres.
Allez,on rallume les lumières, c'est la fin du film.Quel
film ?"Les portes de lEsprit", 99 minutes
de suspense ficelé de main de maître par le réalisateur
anglais David Koepp et sorti sur les écrans en 1999.
Il faut le reconnaître, le scénariste de ce thriller
n'a pas mégoté sur les délires autour
de l'hypnose.Car autant le dire tout net : rien, strictement
rien dans cette fiction ne correspond à la réalité.
"UNE
PERSONNE HYPNOTISÉE N'EST PAS SOUS EMPRISE"
Las, les « hypnothérapeutes » ont beau
partir régulièrement en guerre contre les «
on-dit » beaucoup d'ignorants, loin de crier "hip
hip hip, hypnose!", traitent encore la discipline de
Diable Noir nuisible pour la santé de nos cellules
grises. Et mettraient leur main au feu quun hypnotiseur
mal intentionné peut transformer le plus doux des hommes
en serial-killer, le plus honnête des contribuables
en braqueur de banques, une vieille fille coincée en
strip-teaseuse, le roi des pingres en panier percé
ou un joyeux drille en triste sire.
Donnons la parole à un spécialiste, le docteur
Patrick Bellet, président-fondateur de la Confédération
Francophone d'Hypnose et de Thérapies Brèves
: « Une personne hypnotisée, bien qu'elle
donne l'impression d'être totalement passive parce qu'elle
a les yeux fermés et semble dormir nest pas "sous
emprise". Elle nobéit jamais, contre sa
volonté, aux ordres dun hypnotiseur, même
le plus réputé ». Autrement dit, siles
consignes violent ses valeurs morales ou bafouent ses intérêts
matériel, le sujet refusera immédiatement de
sy soumettre. « Je nai jamais entendu
parler dun vol, dun trafic de biens ou dun
crime de sang commis qui aurait été commis avec
hypnose, je dis bien : jamais ! », dit le Dr Bellet.
« Quand on entre en hypnose, on nest pas complètement
estourbi ! renchérit Didier Michaux, psychologue,
directeur de l'Institut Français d'Hypnose, à
Paris. On garde ses capacités de contrôle
et sa conscience critique, même si lon est un
peu comme un ordinateur en veilleuse qui peut se rallumer,
si nécessaire ».
Soit, mais comment expliquer que Machin ou Machine, lors dun
spectacle dhypnose, va singer sans se rebiffer unfox-terrier
en se mettant à quatre pattes, sucer son pouce comme
un bébé ou tomber le pantalon sur un podium
? Rien de paradoxal derrière tout ça : pendant
un show, un hypnotiseur aguerri cible du premier coup dil
qui, dans le public, est prêt à monter sur scène
pour exécuter, avec hypnose, « des choses
pas méchantes mais rigolotes », explique
le Dr Bellet. Ce que confirme un hypnotiseur de cabaret qui
roule sa bosse depuis trente ans et qui tient à garder
lanonymat : « Avec lexpérience,
je repère les personnalités un peu exhibitionnistes
qui adorent amuser la galerie dans la vie quotidienne, et
qui savent très bien ce qui les attend. Cest
une espèce de contrat tacite entre elles et moi, de
jeu de rôle : sans jamais les forcer ni les humilier,
je leur permets dexprimer des tendances quelles
ont en elles et qui ne demandent quà sexprimer
! Et mon tour fonctionne dautant mieux que les lumières,
le décor, la musique et le seul mot dhypnose
stimule la réactivité de la salle
».
L'HYPNOSE
UTILISÉE POUR ALPAGUER LES MALFRATS
Rien à voir, mais tout aussi intéressant : voilà
des années que la police, notamment américaine,
sintéresse de près à lhypnose
pour raviver la mémoire des victimes d'une agression
violente. Choquées par l'événement, frappée
d'amnésie, ces personnes ne se souviennent ni du visage
de leur agresseur, ni de larme dont il les menaçait,
ni même de lendroit où se sont déroulés
les faits. Bref, un grand trou blanc, peuplé de points
dinterrogation. Doù lidée,
qui a enflammé le zèle des enquêteurs
US, de confier ces témoins capitaux aux bons soins
dun hypnotiseur chargé de" déterrer"
des souvenirs enfouis dans linconscient pour permettre
dalpaguer les malfrats. Parfois, la méthode sest
montrée payante, des numéros dimmatriculation
de voiture ont pu être ressuscités. Mais les
praticiens de lhypnose français, rarement sollicités,
eux, par les forces de police, sont plus que sceptiques. Certaines
expériences en psychologie leur donnent mille fois
raison. Celle du psychologue Jean-Roch Laurence, par exemple,
à luniversité Concordia de Montréal.
Dans son labo, après avoir visionné la vidéo
du cambriolage dune banque, une jeune femme fut mise
en état dhypnose et, sans que rien ne lui soit
suggéré, invitée à raconter ce
quelle avait vu. Première surprise : le cobaye,
en toute bonne foi, commença à broder et à
mentionner certains détails inexistants dans le film.
Etape suivante : Jean-Roch Laurence se mit à lui poser
une série de questions pour savoir si lauteur
du vol avait ou non des cicatrices, sachant pertinemment quil
avait la peau lisse. Résultat : les questions agissant
comme une suggestion, la jeune femme finit par répondre
que, oui, sans aucun doute, le cambrioleur était balafré!
Difficile, dans ces conditions, de démêler le
vrai du faux. Et pour un « tuyau » valable, combien
de fausses pistes risquant de faire coffrer des innocents
! « En fait, la façon dont on pose les questions
influe beaucoup sur les réponses des témoins
hypnotisés, explique le Dr Bellet. Plus la formulation
est suggestive et insinuante, plus les réponses vont
intégrer des éléments fabriqués
de toutes pièces. Qui plus est, dautres tests
ont montré que non seulement lhypnose, dans le
cadre denquêtes policières, favorisait
la création de souvenirs erronés, mais quen
plus, elle altérait la remémoration de souvenirs
corrects ! » Bref, terrain miné et risque
derreur surmultiplié !
DES
APPRENTIS SORCIERS
La méfiance à l'égard des "super-pouvoirs"
de l'hypnose est fortifiée par un autre phénomène
: la véritable « chasse aux souvenirs »
à laquelle se livrent certains psychologues hypnotiseurs,
toujours aux Etats-Unis, auprès de patients persuadés
que tous leurs malheurs viennent de leur petite enfance, où
de « sales choses » (violences physiques, inceste,
viol
) leur seraient arrivées. Par hypnose, les
sujets sont renvoyés dans leur passé pour exlorer
les horreurs qu'ils auraient subies. Hélas, il y a
un hic : la mémoire ne fonctionne pas comme un disque
dur qui stockerait des gigaoctets intacts, sans les abîmer.
Bien au contraire, c'est une faculté malléable,
capricieuse, capable de fabriquer de fausses infos à
la chaine.« Les psychologues qui utilisent ce genre
de pratiques sont des charlatans toxiques », sindigne
le Dr Bellet. Face à des personnalités fragiles,
en détresse, « ces "conducteurs de conscience",
eux-mêmes persuadés que plein denfants
ont été traumatisés par des adultes vicieux,
nont aucun mal à infiltrer des mensonges dans
la tête de leurs patients, à manipuler leur mémoire
et à les convaincre que les scènes quils
croient revivre se sont réellement passées.».
Et de bien enfoncer le clou : « Se servir de lhypnose
pour trouver la vérité ou prouver quoi que ce
soit est une pure escroquerie ! ».
Aux Etats-Unis, laffaire Cook, l'a bien mis en lumière
au début des années 1990. Persuadé, après
moult séances dhypnose conduites par un escroc,
davoir été abusé sexuellement,
dix-ans plus tôt, par le futur cardinal de Chicago,
Steven Cook-un ancien séminariste- intenta un procès
à l'homme d'église et réclama l'équivalent
de près de 10 millions d'euros dindemnité
! Vérification faite, tout ce quavait raconté
Cook nétait quun tas de bobards. Ce dernier
se rétracta, présenta ses excuses à son
pseudo-bourreau et reçut son pardon.
Les choses, hélas, ne se terminent pas toujours aussi
bien. Familles en mille morceaux, innocents injustement traînés
devant les tribunaux, réputations salies, carrières
professionnelles brisées
: la triste mode des
« souvenirs récupérés » fait
des ravages. A en croire la False Memory Syndrom Foundation
qui regroupe des parents soupçonnés par leurs
enfants dabus en tous genres, plus de 2000 familles
américaines, jusque-là sans histoires, auraient
déjà été éclaboussées
par ce genre de scandale.
Surfant sur la même vague, certains apprentis sorciers
(pour la plupart américains, décidément
)
entretiennent leurs patients dans l'idée quils
seraient la réincarnation dun pharaon, dun
empereur romain ou dun prince de la Renaissance, et
leur offrent une pseudo-balade dans les siècles passés,
moyennant finance. « Tous les romanciers se mettent
dans la peau de leurs personnages, explique le Dr Bellet.
Et quand vous allez au cinéma, vous vous identifiez
à des héros, vous riez et vous pleurez avec
eux. Mais après le film, vous redevenez vous-même.
Le problème, cest que certains croient réellement
avoir été Toutankhamon, Jules César ou
François Ier et comptent sur lhypnose pour donner
du crédit à leurs délires. Or, non seulement
elle ne les soigne pas, mais des margoulins aggravent leur
cas ». Idem sagissant des zinzins friands
de messes noires, de crimes rituels, de cannibalisme et autres
joyeusetés du même tonneau, et que ces prétendus
thérapeutes, loin de guérir, enfoncent un peu
plus dans leur
« folie ». Sans parler de tous les farfelus convaincus
davoir été kidnappés par des aliens
et qui « revivent », en hypnose, leur virée
en soucoupe volante.
Que les choses soient claires : seule une poignée de
psys se servent de lhypnose pour se livrer à
des expériences malsaines, et ternir la réputation
de leur discipline. La plupart des hypnothérapeutes
- ceux qui soignent par l'hypnose-exercent leur art sérieusement,
et rendent de fieffés services à leurs patients.En
leur permettant entre autres, d'échapper à l'anesthésie
générale lors d'opérations relativement
légères comme l'extraction de dents gâtées
chez le dentiste ou l'ablation de petite tumeurs. Gros avantage
de l'"hypnosédation" : le patient focalisé
sur des souvenirs agréables (une promenade en montagne
au milieu des edelweiss, une baignade dans un lagon de rêve...,
ce qui va le dissocier de son corps et lui faire oublier la
présence du bistouri) évite tout risque anesthésique,
se retape plus vite et reste donc moins longtemps à
l'hôpital.
LES
BIENFAITS DE L'HYPNOSE
Et ce n'est pas tout! L'hypnose sert aussi à atténuer
la douleur lors d'un accouchement ou d'un examen médical
pénible (clioscopie, fibroscopie... et, surtout,
à calmer des migraines carabinées, un zona ou
des brûlures. La ruse ? Provoquer une suggestion entraînant
une «hallucination sensorielle négative".
Traduction simultanée du Dr Bellet : les personnes
sujettes à des douleurs rebelles connaissent, par chance,
des périodes d'accalmie quand par exemple, elles regardent
un match passionnant, un film captivant ou un spectacle comique.En
leur apprenant à bien identifier ces phases de répit
et à les réexpérimenter mentalement lorsque
la souffrance se manifeste, nous les aidons à diminuer
l'intensité et la durée des crises.
Autres trophées suspendus au tableau de chasse de l'hypnose
: le traitement de l'alcoolîsme, des pépins sexuels,
de la dépression, de l'anxiété, des tics
et des phobies. Prenez une personne terrorisée à
l'idée de prendre l'avion. A coups de suggestion habiles,tout
bon thérapeute va lui apprendre à ralentir le
cours des idées noires qui l'envahissent chaque fois
que le mot "avion" lui trotte dans la tête,
et à conserver en elle des sensations de bien-être
une fois sa ceinture bouclée. Dernier domaine où
l'hypnose pratiquée dans les règles de l'art,
mérite un grand bravo : la rééducation
des traumatismes crâniens, pour retrouver la mémoire,
et des hémiplégies, pour réapprendre
à marcher. Principe du traitement : interroger d'abord
ces patients ou leur entourage pour rassembler le maximum
d'informations sur quelques souvenirs intimement liés
à des émotions positives. Une séance
de plongée sous-marine aux Seychelles peut faire l'affaire,
mais aussi un verre de thé goûté en plein
Sahara, un tango endiablé un soir de fête...
Deuxième étape : leur faire "réévoquer"
et amplifier, hypnotiquement, ces bons moments pour renflouer,
séance après séance, des souvenirs disparus
ou retrouver des sensations perdues. "Certaines personnes
qui étaient amnésiques ou dont la main ne fonctionnait
plus du tout depuis quinze ans ont ainsi récupéré,
les uns une partie de leur mémoire, les autres la chaleur
normale de la main, leur sensibilité et une certaine
motricité des doigts", se félicite
le Dr Patrick Bellet. Vous voilà rassuré, et
convaincu des bienfaits de l'hypnose? Et maintenant, dormez
... si vous le voulez.
Philippe TESTARD-VAILLANT
COMME
UN VOYAGE EN APESANTEUR...
L'hypnose, c'est un peu comme un voyage en navette spatiale:
de même que l'apesanteur permet aux spationautes de
réaliser des expériences difficiles, sinon impossibles
ici-bas, l'état hypnotique vous arrache de la réalité
quotidienne et vous propulse « ailleurs », dans
les nuages, dans un « autre temps » stimulant
la pensée, la mémoire, l'imagination et l'inconscient.
Mais attention : rien à voir avec le sommeil. Le cerveau
fonctionne à plein régime, comme le prouve l'activité
électrique du cerveau enregistrée sur les électroencéphalogrammes
; c'est d'ailleurs ce qui explique qu'on puisse à tout
instant stopper une transe, sans passer par une phase de réveil.
En fait, tout sujet hypnotisé est d'abord amené,
via un canal sensoriel (la fixation d'un point, la relaxation,
le récit d'une histoire..., à se concentrer
intensément sur lui-même pour se détacher
de son environnement immédiat et mettre sa conscience
habituelle entre parenthèses. Viennent ensuite des
suggestions indirectes que l'hypnotiseur formule en fonction
du but de la séance. Le patient suit ces directives
à la lettre (si elles ne le choquent pas...), lesquelles
déclenchent des associations inconscientes d'idées.
Dans le même temps, la respiration et le rythme cardiaque
ralentissent, les muscles se relâchent, une lourdeur
ou, à l'inverse, une légèreté
envahit les membres, des fourmillements se font sentir, le
patient ressent de la chaleur ou de la fraîcheur et
perçoit toutes sortes de sensations : olfactives, auditives,
visuelles, gustatives... En fin de séance, la personne
hypnotisée est ramenée en douceur à la
réalité en conservant les bénéfices
de la séance, au-delà de celle-ci.
Le numéro d'octobre 2003 de la revue professionnelle
"Synthèse médicale" s'intéresse
à l'hypnose dans sa rubrique NEUROLOGIE.
L'hypnose,
une discipline à démystifier
Synthèse Médicale : Pourriez-vous
préciser ce que pour vous l'hypnose et les méthodes
d'Erickson sont susceptibles d'apporter en thérapeutique
?
Dr Patrick Bellet . La publication de mon livre
"L'hypnose " veut répondre aux questions
d'évidence que les patients et les médecins
se posent quand il est question de ce sujet. Qu'est-ce
que l'hypnose ? Peut-on raisonnablement y croire ? Faut-il
en avoir peur ? Quel usage peut-on en faire ? Comment se pratique-t-elle
? Tout le monde est-il hypnotisable ? Peut-on s'auto-hypnotiser
?
Tout d'abord, il convient de démystifier cette discipline
en remettant celle-ci dans son contexte historique. La connaissance
de l'évolution des idées montre à quel
point les médecins qui ont utilisé la parole
et leur présence pour soigner leurs contemporains ont
été en butte aux critiques, souvent parce qu'ils
attribuaient, par erreur, à autre chose leurs succès
thérapeutiques. Il est utile de rappeler que depuis
1889, l'hypnose est considérée comme physiologique,
un état normal et naturel. Pour Erickson, l'hypnose
est un état spontané que nous pouvons expérimenter,
a minima tous les jours, tout simplement lorsque « nous
sommes dans la lune », « dans les nuages
» ou bien encore cet état intermédiaire
lors de certains réveils matinaux où l'on hésite
entre le rêve et l'éveil. A l'aide de certaines
techniques spécifiques de communication, le thérapeute
a pour tâche de permettre au sujet d'obtenir cet état
modifié de conscience, de l'amplifier et surtout de
l'utiliser de manière thérapeutique; il peut
prendre alors le nom d'hypnose.
Sur un plan nosologique, l'approche éricksonienne est
descriptive et amène à considérer les
symptômes comme une interférence du mode de fonctionnement
conscient dans un ou des domaines où l'inconscient
est plus compétent que notre « vigilance »
consciente. La dynamique hypnotique va permettre au sujet
de retrouver sa capacité à répondre de
manière nouvelle et adaptée aux situations qu'il
rencontre. En effet pour le patient, il ne s'agit pas d'obéir
à des suggestions extérieures mais de réutiliser
ses compétences et ses possibilités d'adaptation
personnelle. L'hypnose par sa capacité à
« s' abstraire » de l'environnement immédiat
permet à l'inconscient du patient d'effectuer des remaniements
utiles au changement.
La notion d'inconscient pour Erickson est très simple
: « tout ce qui n'est pas conscient est inconscient
» et cet inconscient est considéré comme
un réservoir de ressources ; ce qui implique une notion
positive de l'inconscient doué d'un mode de fonctionnement
analogique. Cette approche ne se présente pas comme
une panacée, mais comme un ensemble de moyens de communication
au service du patient et du thérapeute.
Les découvertes récentes touchant aux domaines
de la mémoire et de la sensorialité tant en
psychologie qu'en neurologie nous permettent de mieux comprendre
les mécanismes mis en route au niveau du cerveau au
cours de l'hypnose, autrement dit comment le cerveau répond
à des suggestions. De ces avancées scientifiques
découlent des applications nouvelles de l'hypnose,
notamment en rééducation fonctionnelle et en
particulier dans le traitement des séquelles d'AVC
et de traumatismes crâniens. Des études réalisées
avec le Pet-scan ont montré que l'état hypnotique
active certaines zones cérébrales impliquées
dans la nociception et la motricité. Cette application
de l'hypnose dans ces indications somatiques contribue à
accélérer les processus de récupération
et ce développement a fait l'objet d'une communication
au récent congrès international « Biologie
et Conscience ».
L'hypnose sera employée de façon plus classique,
seule ou associée à d'autres thérapeutiques,
dans le traitement de la douleur qu'elle soit aiguë (un
D. U. Hypnose et Anesthésie va bientôt se mettre
en place) ou chronique (migraines par exemple), dans les pathologies
psychosomatiques, dans les troubles anxio-dépressifs,
phobiques, obsessionnels, dans les névroses post-traumatiques
(inondation de Vaison-la-Romaine, attentats métro St
Michel, etc), en obstétrique, troubles addictifs, sexologie.
Synthèse Médicale : Parmi les questions
les plus fréquentes, l'une apparait particulièrement
avec ses variantes : « Vais-je perdre conscience?
Est-ce que l'on dort ? »
Dr Patrick Bellet : Non, les patients ne perdent pas
conscience, ni ne dorment; au contrairte il s'agit davantage
d'une expansion de la conscience au cours de laquelle le sens
critique augmente. Le médecin par ses mots stimule
le patient et le rend plus présent à lui-même.
Ces suggestions ont pour but de rechercher dans la mémoire
du sujet des éléments (situations, sensations,
émotions) qui ont été bénéfiques
pour en capter soit le processus, soit les sensations de réussite
associées et les transposer dans la situation critique
dans laquelle il se trouve. Nous recherchons des ressources
chez le patient et nous faisons en sorte qu'il s'en serve
après les avoir retrouvées. C'est un peu comme
si une partie de lui-même était en jachère
et qu'il la remette en culture, augmentant le champ de ses
possibiltés. On voit là en quoi l'hypnose
n'est pas un remède miracle, mais au contraire développe
l'autonomie du patient.
Synthèse Médicale : Pouvez-vous présenter
encore quelques-uns des principes d'Erickson ?
Dr Patrick Bellet : Nous tenons comme postulat que
le patient possède des ressources ignorées ou
négligées de lui ; et ce sont ces ressources,
ces capacités, ces compétences, que l'on va
s'efforcer d'affiner. Compétences sur lesquelles le
changement va pouvoir s'appuyer. Il importe de noter l'aspect
indirect et permissif des techniques employées.
En effet, la place du thérapeute s'apparente à
celle d'un « pédagogue » ; il apprend au
sujet à utiliser les outils (inconscients) que celui-ci
possède pour changer.
L'hypnose est un mode de communication privilégié
où le sujet répond au thérapeute, certes,
mais surtout à lui-même. Dans le traitement l'élément
actif c'est, aussi, le patient ; le médecin met à
sa disposition l'aide d'un savoir-faire et non une science
infuse ou une certitude de ce qui serait bon pour lui. Le
patient n'est alors plus dépendant du médecin,
car, ayant activé des ressources qui lui appartiennent,
il peut d'autant mieux poursuivre par lui-même le changement.
Nous ne cherchons pas la guérison, vaste débat,
mais le changement. Faire en sorte qu'un patient figé
dans une pathologie puisse en sortir en participant à
son propre traitement. La relation thérapeutique en
hypnose est une collaboration entre le patient et son médecin
dans laquelle le langage verbal et non-verbal occupe la place
centrale.
Dans la pratique de l'hypnose, le langage est imagé,
il suggère, évoque et prend la forme d'histoires
et de métaphores afin d'être compris par le patient.
Sa formulation et son contenu sont construits de manière
personnalisée. C'est pourquoi le médecin doit
s'adapter à chaque patient et parler un langage à
plusieurs niveaux qui corresponde à ce patient en particulier.
Dans le livre, le déroulement d'une séance est
décrit afin que l'on se représente mieux cette
dynamique à I'uvre et de nombreux exemples cliniques
illustrent cette pratique.
L'hypnose, loin d'endormir les patients, est un puissant
levier contre l'inertie de l'esprit, une manière de
stimuler l'imagination et d'ouvrir des voies inédites
de soulagement tant du corps que de l'esprit qui l'habite.
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